Standing Together – résumé de la table ronde à l’Institut du monde arabe

Table ronde à l’Institut du monde arabe
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Standing Together
l’exigence d’une paix juste en Israël/Palestine 

11 février 2026

L’Institut du monde arabe a accueilli le plus important mouvement de citoyens juifs et palestiniens d’Israël, Standing Together. Grand merci à l’Institut du monde arabe & à Frédérique Mehdi, sa directrice des actions culturelles, qui nous ont fait ainsi confiance, et à Adrian Guillot qui nous a accompagné dans l’organisation.


En première partie, nous avons écouté une conversation entre Amal Ghawi, Itamar Avneri et Thawra Abukhdeir (tous les trois de Standing Together) à propos de leurs actions et de leurs objectifs en Israël. L’article publié par le journal Ouest-France reprend les principaux points de cet échange.

Pour la 2e partie de la rencontre, les membres du mouvement ont été rejoints par Hanna Assouline, Ofer Bronchtein et Vincent Lemire. Ci-dessous, une version condensée de ce qui a été dit lors de cette réunion. 

Ofer Bronchtein a rappelé l’enjeu électoral de l’année 2026, année charnière pour laquelle plusieurs éléments représentent une perspective d’espoir : l’union de tous les partis arabes, l’ampleur des manifestations réunissant Juifs et Arabes mobilisés ensemble pour lutter contre le crime organisé, et l’engagement de l’Autorité palestinienne pour des réformes en vue de prochaines élections. Il souligne la situation catastrophique à Gaza. La 3e phase des accords signés à Charm-El-Cheikh visant à sécuriser Gaza avec l’aide d’une présence internationale va bientôt débuter. Rappelant que la paix dépend avant tout d’une politique radicale de lutte contre la pauvreté, l’ignorance et les inégalités, il souligne « l’oxygène » des actions de Standing Together pour la justice sociale. 

Il insiste sur l’union des Juifs et des Arabes en France : « On peut être pro-israélien ET pro-palestinien. En tant que juif et israélien, j’ai honte et je demande pardon aux victimes civiles palestiniennes de l’armée israélienne. »

Itamar Avneri souligne, en écho, l’importance des élections en Israël qui seront l’occasion d’écarter Netanyahou et son gouvernement. Standing Together encourage toute la population à aller voter et soutient la formation d’une coalition gouvernementale entre les partis arabes (unis) et des partis israéliens représentant la population juive :
« On ne fait pas ça seulement par idéal mais parce que c’est la seule chose qui assurera la paix entre les deux peuples. Nous sommes sur le terrain chaque jour, avec d’autres associations, nous offrons une présence protectrice auprès des Palestiniens ».

« Et surtout nous nous projetons dans l’avenir. Nous ne faisons pas que dénoncer la réalité, nous voulons changer la réalité ».

Amal Ghawi : « J’ai compris cela à 18 ans et retenez-le : c’est la même main qui occupe Gaza, qui commet des crimes contre des Palestiniens et organise un état d’apartheid en Israël. Il faut aussi parler de la criminalité organisée. Aujourd’hui en Israël, deux palestiniens meurent chaque jour et le gouvernement ne fait rien. C’est cela, la réussite de la politique de Ben Gvir ! Alors nous manifestons et allons auprès des familles des victimes de ces crimes. 100.000 personnes ont manifesté samedi dernierréunissant Juifs et Palestiniens. La société a beaucoup de problèmes, de défis à relever : le crime organisé, le génocide à Gaza, la terreur que font régner les colons en Cisjordanie ».

Vincent Lemire précise qu’il est analyste, et non activiste. De sa position extérieure, il reprend deux observations critiques souvent adressées aux militants de Standing Together :
1) reconnaissent-ils l’asymétrie des deux situations politiques (malgré une symétrie morale), en rappelant qu’il y a un occupant et un occupé ?
2) que pensent-ils de l’idée de “normalisation (d’Israël)” associée à leur mouvement, alors que le « nous » recherché n’est pas homogène, n’efface pas les contradictions, il est minoritaire et paradoxal devant une situation effroyable. ST a-t-elle une position commune sur une perspective politique ?
3) Il pose enfin la question de leur position sur la libération de Marwan Barghouti.

Amal Ghawi  confirme cette asymétrie. « Les différences entre Palestiniens et Israéliens (juifs) sont manifestes. Encore maintenant après le cessez-le-feu, les bombardements israéliens continuent. Mais nous voulons travailler ensemble malgré ces différences. On invite les gens à discuter dans nos Maisons pourpres (lieux communautaires).

« La priorité est la fin de l’occupation. »

Itamar Avneri : « Nous avons conscience de la supériorité israélienne mais nous voulons justement utiliser les institutions en place, la justice, la force de mobilisation sociale, pour lutter contre l’extrême-droite et combattre le racisme. L’optimisme fait croire que tout ira bien, alors que l’espoir agit concrètement pour changer la réalité. Si nous perdons espoir, d’autres en paieront le prix, à Gaza et en Cisjordanie. Nous avons une vision, un projet : deux États sur une terre partagée avec des frontières ouvertes. Nous ne voulons pas de séparation. Notre travail quotidien est concret, nous sommes ensemble et nous le montrons. Notre mission est de tendre la main pour se parler. On n’est pas naïf, ça prendra du temps mais on n’a pas le temps ! Nous n’abandonnerons jamais. »

« Oui, bien sûr, la libération de Marwan Barghouti fait partie de nos demandes. »

Hanna Assouline : « Je ne comprends pas qu’on puisse accuser de “normalisation” ceux qui se battent sur le terrain en en payant le prix, qui reçoivent des menaces, qui s’opposent à leur famille, pour s’engager et lutter ensemble. Ils passent de la notion de co-existence à celle de co-résistance . C’est une leçon que vous nous donnez et je vous en remercie encore pour cela ».

Thawra Abukhdeir, à propos de la “normalisation” : « Je suis palestinienne née à Jérusalem. Ayant grandi là, j’ai vu chaque jour l’occupation israélienne, les militaires partout, les intrusions nocturnes, la maison de mon père détruite, mon cousin assassiné. Dans mes combats, je n’ai pas toujours été entendue. Mais dans ce mouvement, mon identité, mon passé, mon histoire sont reconnus, ainsi que les souffrances de tous bords. »

« Nous ne faisons pas que dialoguer, nous améliorons nos actions et nos relations. Avec eux, je me sens considérée et respectée. »

Et en réponse aux questions du public : 

Itamar Avneri : « Le monde traite notre situation comme un match de foot avec deux camps : comme s’il y avait un gouvernement fasciste d’un côté et le Hamas terroriste de l’autre. En fait il faut plutôt considérer qu’il y a d’un côté des prêcheurs de guerre et en face les deux peuples. Nous demandons aux Etats du monde de lutter contre notre gouvernement, de le sanctionner, car ce sont des criminels de guerre. Il faut arrêter de vendre des armes offensives à Israël, qui ne servent qu’à continuer l’occupation. Si Netanyahou vient chez vous, vous devrez l’arrêter. Et j’espère que nous le ferons avant ! Cela a été très important que le Président Macron reconnaisse l’Etat de Palestine, dans l’attente que d’autres pays européens le fassent aussi. »

Résumé établi par Sylvie Cohen et révisé par Martine Cohen

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